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Coup de gueule : Quand l'événementiel sacrifie le fond sur l'autel de l'Instagramable

  • Photo du rédacteur: Jean-Christophe RICHARD
    Jean-Christophe RICHARD
  • il y a 6 jours
  • 5 min de lecture

Je vais être direct. Après vingt ans passés à organiser et superviser des centaines d'événements d'entreprise j'en ai ma claque de voir le secteur dériver vers une logique purement esthétique et instagrammable au détriment de ce qui devrait être notre ADN : créer de la valeur réelle pour nos clients.


Laissez-moi vous raconter ce qui m'a fait péter un câble récemment. J'ai assisté il y a quelques semaines à un événement organisé par une agence parisienne qui se présente comme "innovante" et "disruptive" (déjà ces mots-là ça devrait alerter).


Résultat ? Un décor à tomber par terre des installations lumineuses spectaculaires un photographe qui mitraillait tout ce qui bougeait pour alimenter les réseaux sociaux en temps réel. Magnifique sur le papier. Sauf que le contenu était d'une pauvreté affligeante. Les interventions étaient creuses les ateliers bâclés et surtout personne n'avait pris la peine de se demander ce que les participants allaient vraiment retirer de cette journée.


Et vous savez quoi ? Le lendemain les réseaux sociaux de l'entreprise cliente débordaient de photos sublimes avec des hashtags ronflants. Tout le monde trouvait ça génial. Mais trois mois plus tard quand j'ai discuté avec des participants ils ne se souvenaient de rien. Aucun message retenu aucun lien créé aucun objectif atteint. Juste de jolies photos dans un feed Instagram.

Ce qui me révolte : la confusion entre communication et impact


Le problème c'est que trop d'agences aujourd'hui confondent l'événement lui-même avec sa mise en scène médiatique. Elles ne vendent plus de l'expertise elles vendent du "waouh" immédiat et du contenu à partager. C'est devenu une industrie du paraître où ce qui compte c'est le nombre de likes et de stories pas le fait que vos équipes repartent motivées alignées et plus compétentes.


Je ne dis pas que l'esthétique n'a pas d'importance. Évidemment qu'un bel événement ça compte. Évidemment que l'expérience visuelle et sensorielle fait partie du job. Mais bordel ce n'est pas une fin en soi ! C'est un moyen au service d'objectifs business RH ou stratégiques. Quand on inverse la logique on trahit notre métier et surtout on arnaque nos clients.

J'ai vu des budgets pharaoniques partir en fumée sur des animations spectaculaires qui n'avaient strictement aucun lien avec la culture de l'entreprise ou les enjeux du moment. J'ai vu des agences proposer systématiquement les mêmes concepts à la mode (le fameux "escape game géant" ou le "atelier graffiti collaboratif") sans jamais se poser la question de la pertinence. Parce que ça fait bien sur les photos. Parce que ça se vend facilement. Parce que le client ne connaît pas mieux et qu'il se laisse séduire par le packaging.


L'obsession du digital au détriment de l'humain


Autre dérive qui me met hors de moi : l'obsession du tout-digital et du tout-mesurable qui paradoxalement tue la vraie mesure. On installe des applications événementielles hyper-sophistiquées qui tracent tout notifient tout gamifient tout au point que les participants passent leur temps le nez sur leur smartphone au lieu d'échanger vraiment entre eux.


J'ai participé à un séminaire l'année dernière où chaque participant recevait toutes les cinq minutes une notification pour "maximiser son engagement". Résultat ? Personne n'écoutait plus rien. Tout le monde était dans son téléphone à scanner des QR codes pour gagner des points virtuels. À la pause les gens ne se parlaient pas ils consultaient leur classement sur l'appli. C'est lunaire (et complètement con)


Le comble c'est que l'agence a présenté ça comme un succès parce que "le taux d'engagement digital était exceptionnel". Mais l'engagement digital de quoi ? De zombies qui cliquent sur des boutons ? Ce n'est pas ça l'engagement. L'engagement c'est quand deux directeurs de filiales différentes qui ne se parlaient jamais se retrouvent autour d'un café et règlent un problème qui traînait depuis six mois.

L'engagement c'est quand un commercial junior ose poser une question au DG pendant un atelier et repart galvanisé. Ça on ne le mesure pas avec une appli.


Le greenwashing événementiel ou l'hypocrisie institutionnalisée


Et parlons-en du greenwashing événementiel tant qu'on y est. Toutes les agences aujourd'hui se disent "éco-responsables" et "engagées". Elles te sortent leur charte RSE leur bilan carbone leurs prestataires locaux. Magnifique. Sauf que dans les faits la moitié du temps c'est du pipeau marketing.


J'ai vu une agence organiser un séminaire soi-disant "zéro déchet" où effectivement il n'y avait pas de gobelets plastique (bravo) mais où les 150 participants avaient été convoyés en voiture individuelle depuis Paris jusqu'en Normandie parce que "c'était plus pratique pour la logistique". Le bilan carbone de ce séminaire était catastrophique mais sur le site web de l'agence ils affichaient fièrement leur engagement pour la planète avec une belle photo des gourdes réutilisables offertes aux participants...


C'est de la poudre aux yeux. Et le pire c'est que les clients y croient parce qu'ils ne savent pas quoi regarder. Ils voient "éco-responsable" sur la plaquette et ils cochent la case dans leur cahier des charges. Mais personne ne vérifie vraiment. Personne ne creuse. Et les agences continuent à surfer sur cette mode en faisant du green-washing institutionnalisé.


Ce qui devrait compter vraiment : l'alignement avec les enjeux réels


On va finir sur une note positive : Vous voulez savoir ce qui fait un bon événement selon moi ? C'est simple.


C'est un événement où l'agence a pris le temps de comprendre vraiment les enjeux de son client. Pas juste en surface avec un brief de deux heures. Non vraiment comprendre. Comprendre la culture de l'entreprise ses défis actuels ses tensions internes ses objectifs stratégiques. Et ensuite concevoir un dispositif qui répond précisément à ces enjeux.

Ça peut être sobre. Ça peut être spectaculaire. Ça peut être digital. Ça peut être 100% analogique. Peu importe la forme du moment que le fond est juste. Du moment que chaque euro investi sert un objectif clair et mesurable. Du moment que les participants repartent avec quelque chose de concret : une compétence une relation un déclic une motivation.


Mais ça demande du travail. Ça demande de l'humilité de l'écoute de la rigueur. Ça demande de savoir dire non au client quand il te demande quelque chose qui ne sert à rien juste parce qu'il a vu ça chez un concurrent. Ça demande d'avoir des convictions et de les défendre. Et franchement aujourd'hui je vois trop d'agences qui disent oui à tout qui proposent des concepts standardisés en mode "prêt-à-porter événementiel" et qui se contentent de faire joli.


Mon appel à un sursaut professionnel


Alors voilà mon coup de gueule. J'aimerais qu'on revienne aux fondamentaux de notre métier. Qu'on arrête de se gargariser de mots vides et de concepts à la mode. Qu'on arrête de vendre du rêve creux et qu'on vende de la vraie valeur. Qu'on mesure ce qui compte vraiment pas ce qui fait bien dans un rapport d'activité.


J'aimerais que les clients aussi deviennent plus exigeants. Qu'ils ne se laissent pas impressionner par des book magnifiques et des présentations PowerPoint léchées. Qu'ils posent les bonnes questions : comment allez-vous mesurer le succès de cet événement ? Comment allez-vous vous assurer que nos objectifs sont atteints ? Qu'est-ce que nos participants vont retenir dans six mois ?


Parce qu'au final c'est ça qui compte. Pas les photos. Pas les stories. Pas les like. Ce qui compte c'est l'impact réel et durable sur les équipes sur la performance sur la culture d'entreprise. Et si on perd ça de vue on ne fait plus de l'événementiel on fait du divertissement superficiel.


Moi j'ai choisi mon camp. Je continuerai à défendre une vision exigeante rigoureuse et authentique de l'événementiel. Même si ce n'est pas la plus sexy. Même si ça ne fait pas le buzz sur LinkedIn. Parce que c'est la seule qui soit honnête vis-à-vis de nos clients et respectueuse de notre métier.

 
 

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Jean-Christophe RICHARD ancien directeur événementiel

À propos de l'auteur : Je suis Jean-Christophe RICHARD. 20 ans d'expérience à la direction événementielle d'un grand groupe français, j'ai décidé de prendre un peu de recul, sans pour autant quitter ce secteur qui me passionne. Fort de cette expérience où j'ai collaboré avec des dizaines d'agences d'événementiel, des plus prestigieuses aux plus confidentielles, j'ai souhaité partager mon analyse et j'ai créé ce blog et ce classement des meilleures agences événementielles en France.

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